Depuis la mort de Hassan II, le 23 juillet 1999, le Maroc a fait beaucoup parler de lui et de son nouveau roi Mohamed VI.Chroniques des années de plomb au Maroc
Reportages de Mohamed Lotfi
Mais avec la parution du livre « Tazmamart cellule 10 », d'Ahmed Marzouki, un des vingt-huit survivants du bagne de Tazmamart, ce sont les trente-huit années de plomb de Hassan II qui se révèlent au grand jour. Dans la série de quatre reportages intitulée « Chroniques des années de plomb au Maroc », Mohamed Lotfi présente des témoignages percutants sur ces années noires.
 
Ahmed MarzoukiEn 1971, pour les militants de gauche et même pour quelques militaires comme le général Medbouh, Hassan II avait moins servi son peuple et son pays que ses propres intérêts, les intérêts de la classe dirigeante et les intérêts géopolitiques de certaines grandes puissances (la France et les États-Unis pour ne pas les nommer).
Survivant du bagne de Tazmamart
Une partie de l'armée marocaine n'aimait pas le comportement arrogant et parfois décadent du Roi Hassan II, au pouvoir depuis 1961.
C'est ce qui a donné lieu à un premier coup d'État le 9 juillet 1971. Un coup d'État manqué. Dans son livre « Tazmamart cellule 10 », Ahmed Marzouki raconte en détails cette opération puisqu'il en était témoin. Il faisait partie des jeunes militaires exécutants. Les procès qui ont suivi le coup d'État ont évidemment condamné à mort les responsables, le général Medbouh en premier. Quant aux simples exécutants comme Marzouki, qui étaient en fait des innocents, on les a condamnés à des peines légères allant de deux à cinq ans. L'année suivante, un second coup d'État mené cette fois par le général Oufkir échoue lui aussi. Ébranlé par ces deux attentats, le roi Hassan II prend les grands moyens pour que cela ne se reproduise plus. Il choisit arbitrairement 58 officiers parmi les condamnés des deux coups d'État et leur fait vivre l'enfer sur Terre pendant 18 ans et 49 jours. L'enfer s'appelle Tazmamart, des oubliettes construites tout spécialement pour eux... Ahmed Marzouki faisait partie de ces 58 officiers.
Il raconte à Mohamed Lotfi son séjour à Tazmamart, devenue le symbole des années de plomb marocaines.Cliquez et écoutez Intro 1.29':
 
Le retour au pays d'Abraham Serfaty
Le 30 septembre 1999, Abraham Serfaty, grand opposant du régime du roi Hassan II a été autorisé par le roi Mohamed VI à regagner son pays après un exil de 8 ans en France.Reportage 11.17'Ce Juif marocain avait été banni du royaume dès sa sortie de prison en 1991 après y avoir passé 17 ans. Abraham Serfaty
Et si on ajoute deux ans de clandestinité, Serfaty aura donné 25 ans de sa vie pour défendre la cause de la démocratie au Maroc.
Il faut dire que c'est inhabituel de la part des Juifs marocains de contester le roi et surtout Hassan II. Ils sont traditionnellement attachés et fidèles à la personne du roi, parce qu'ils bénéficient depuis des siècles de sa protection.
Avec l'établissement de l'État d'Israël en 1948 et surtout depuis la guerre des six jours en 1967, les Juifs ont massivement quitté le Maroc.
Aujourd'hui, il ne reste que très peu d'entre eux et rien n'indique un retour massif au pays.
Cela rend l'histoire d'Abraham Serfaty encore plus intéressante parce que durant tout son exil en France, il n'a cessé de réclamer son droit au retour. Il ne supportait pas l'idée de mourir ailleurs que dans son pays.
 
Le combat de Christine Daure Sarfaty
Christine Daure-Serfaty est la femme d'Abraham Serfaty, célébre opposant du Roi Hassan II.
Une série de hasards a fait d'elle une grande militante pour les Droits de l'homme au Maroc.Arrivée en 1962 comme professeur au Collège Mohamed V à Casablanca, elle choisit d'enseigner aux Marocains et non pas aux enfants des résidants français au Maroc. Elle s'était donné une mission.
Mais elle était très loin de s'attendre qu'un jour elle allait participer à sa façon à l'évolution des Droits de l'homme au Maroc.
Il faut le reconnaître, Christine Daure-Serfaty a fait pour le Maroc bien plus que beaucoup de Marocains. Elle raconte son parcours hors du commun à Mohamed Lotfi.Reportage 13.47'
 
Les années de plomb au Maroc
par deux militants des Droits de l'HommeDans un pays comme le Maroc, militer, ce n'est pas seulement manifester, c'est aussi prendre le risque de se faire arrêter et emprisonner.
On ne torture plus, mais les conditions de vie de certaines prisons au Maroc ne sont pas les meilleures au monde. Mohamed Boukili et Aziz Massoudi connaissent la chanson...Ces deux militants des Droits de l'homme revendiquent une relecture de la page des années de plomb au Maroc avant de la tourner. Contrairement a ce qu'on peut percevoir à travers les grands médias, le Maroc ne va pas très bien économiquement, politiquement et surtout socialement.
Tazmamart
Mohamed VI a posé des gestes remarqués dès son arrivée au pouvoir, mais malheureusement, ces gestes ne sont que symboliques : nommer une femme conseillère du roi pour la première fois de l'histoire du Maroc, autoriser le retour d'Abraham Serfaty (grand opposant d'Hassan II exil en France), indemniser les victimes de Tazmamart, accorder un statut et une reconnaissance à la langue berbère, conduire lui-même sa voiture...
Tous ces gestes ne devraient pas impressionner. Ils camouflent les vrais problèmes : 5% des Marocains possèdent 90% de la fortune du pays, le taux de chômage se situe entre 22% et 26% dans les régions...
Mohamed VI a hérité de son père une fortune estimée à quelques 50 milliards. Lorsqu'il partagera cette fortune - qui de toute façon revient au peuple - Mohamed VI méritera qu'on l'appelle le roi des pauvres. Comme son père, le jeune roi soigne son image, ce qui lui assure l'appui des pays occidentaux. Le désespoir est dans les yeux de beaucoup de Marocains, et pas seulement dans ceux des plus pauvres.
80% des juges marocains seraient corrompus d'après une enquête faite par le journal marocain « Le Journal hebdomadaire ». Ce n'est pas un signe de changement. Autre mauvais signe : beaucoup de Marocains fuient leur pays. Le Canada est leur destination préférée. Ils seraient quelques 10 000 Marocains à immigrer cette année au Canada.
En compagnie du journaliste Mohamed Lotfi, Mohamed Boukili et Aziz Massoudi reviennent sur l'histoire pour mieux entrevoir l'avenir.
Ces 4 reportages ont été diffusés en 2001
à l'émission Macadam tribu
Radio Canada